27 Jan, 2020
jeudi, 13 mars 2014 19:27

Hommage : Guy Alexandre bien vivant sur les rives haïtienne et dominicaine Spécial

Guy Alexandre recevait une plaque d'honneur de la Plateforme  GARR à l'occasion du vingtième anniversaire de l'institution, en décembre 2011. Guy Alexandre recevait une plaque d'honneur de la Plateforme GARR à l'occasion du vingtième anniversaire de l'institution, en décembre 2011. Photo:GARR

Des tissus pare-soleil, couleur ciel bleue, gonflés par le vent,

Un air du célèbre chansonnier Jean Ferrat qui flatte l’oreille

Des mains qui passent et qui prennent l’image

d’un lecteur attentif fixé sur un dépliant titré « HONNEUR RESPECT GUY ALEXANDRE »,

Des regards haïtiens et dominicains qui s’entremêlent

Autour d’une allée de chaises.

Aucun doute n’est permis.

On vient de franchir la porte d’entrée qui mène à un auditorium de circonstance

en l’occurrence, celui du Centre d’Etudes Secondaires à Port-au-Prince,

pour un hommage mérité à l’homme des deux rives haïtienne et dominicaine :

l’éducateur-diplomate et expert des questions migratoires, Guy Alexandre.

 

C’est un samedi. Le 8 mars 2014.  Quatre (4) heures de l’après-midi. Une semaine plus tôt, le 28 février,  il s’en allait debout, dans un ultime grand cri du cœur. Une crise cardiaque.

Ce samedi, le dos tourné à la vie, Guy Alexandre avait quand même réussi le tour de force de réunir des centaines de personnalités haïtiennes et dominicaines. Que de regards épanouis à la vue d’un-e ami/e qu’on avait perdu de vue depuis des années, que de poignées de mains sereines entre ceux et celles dont les opinions, pourtant divergent. Mais Guy, de là-haut, semblait avoir crié à tous et à toutes : « Transcendons les divergences:  intellectuels-es, militants-es, politiciens-nes, éducateurs-éducatrices, hommes et femmes d’affaires, diplomates, professionnels-les, jeunes, journalistes, comédiens-nes, chanteurs-chanteuses : Faites le grand rassemblement ! ».

 Ils-elles étaient donc rassemblés, côte à côte, la conscience curieuse de ce que l’éducateur-diplomate, l’expert en migrations, avait accompli et qu’ils-elles ignoraient encore. Car, Guy Alexandre avait buissonné dans des champs nombreux et divers.

 

Le familier des rives haïtiennes

Guy Alexandre, l’éducateur: 

Aux dires de son frère, Yves Alexandre, le disparu avait contribué à la fondation d’une école d’avant-garde : KAYANOU. Un autre frère éducateur, Jean-Robert Alexandre, retenu à l’étranger, a fait parvenir un message avec les mots suivants : «Une partie chère de moi s’est arrachée, j’ai perdu un professeur, un mentor, un coach». Yves Alexandre, drapé dans un boubou africain, tenue qu’affectionnait Guy, a terminé ainsi son intervention : «Guy, je te fais la promesse de continuer à poursuivre tes combats».

D’autres intervenants ont salué l’âme d’éducateur de Guy Alexandre. Il s’agit, entre autres, de la syndicaliste Lourdes Edith Joseph Deslouis, de la Confédération Nationale des Enseignants-es d’Haïti (CNEH), de l’économiste Fritz Deshommes du Rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), du sociologue Anthony Barbier et du professeur Guy Serge Pompilus de la Direction du Centre d’Etudes Secondaires, siège de cette cérémonie d’hommage, école que Guy Alexandre avait fréquenté durant sa jeunesse.

Un représentant de l’Association des Anciens Elèves du Centre d’Etudes Secondaires informait l’assistance attentive sur la dernière rencontre de travail avec l’Educateur réalisée 2 jours avant son ultime voyage. «C’était le 26 février 2014. Avec animation, il discutait avec nous, de propositions d’action, de calendrier de conférences, etc., dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire de l’Ecole.  Il n’était jamais avare de son temps. J’ai encore en tête l’une de ses phrases dite à une réunion, le samedi 22 février :« la meilleure façon de sortir de ce monde est de mourir en plein travail.»

Guy Alexandre, le militant des causes démocratiques

L’historien-constitutionaliste Claude Moise a rappelé à l’occasion, l’enthousiasme qui animait le disparu qui fut co-fondateur du groupe ID (Initiative Démocratique) groupe voué à l’action civique. Guy était un combattant  de la vie, a t-il souligné. «Quand on rêve seul, ce n’est qu’un rêve, mais quand on rêve ensemble, c’est une réalité, c’est ce que voulait Guy», a conclu Moise.

 Auparavant, le vice-recteur à la Recherche de l’UEH avait rappelé le dynamisme de celui qui avait lancé la mobilisation pour le vote de la Constitution de 1987 et sa démission au poste d’ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine suite à l’attaque contre la Faculté des Sciences Humaines sous le gouvernement d’Aristide en 2003.

 De son côté, le Père William Smarth, tout en saluant l’apport précieux des proches de Guy Alexandre à l’éclosion de son savoir-être, estime que son départ doit « réveiller nos consciences et nous porter à créer ce changement  dont le pays a tant besoin. Guy, a t-il encore souligné, fut un humaniste. Il a passé toute sa vie à valoriser l’humain, et plaidait pour le respect mutuel. Son exemple doit nous inspirer».

 Entre ces messages et témoignages, s’observait de temps à autre, une halte en chansons ou chorégraphie. Des voix comme celle de Jean Coulanges, Wooly Saint-Louis, Karine Margron, offraient des interprétations qui se classaient parmi les airs que Guy prenait sans doute plaisir à entendre. En deux fois, l’assistance fut invitée par le maître de cérémonie, Jean-Marie Théodat,  à se mettre debout : au tout début pour l’hymne national, et en cours de cérémonie, pour entonner ensemble le chant bien connu : “Fière Haïti”.

 Une chorégraphie inspirée du batey, a retenu particulièrement l’attention de l’assistance. Sur une interprétation de la chanson très connue « Nan mitan yon chan kann nan Higuey » de Manno Charlemagne, deux jeunes danseuses, Raphaëlle Bertoni et Linda François, machette à la main, ont évoqué avec brio la détresse et l’isolement des braceros haïtiens en territoire dominicain.

 L’habitué des rives dominicaines

Guy Alexandre, le diplomate. Le chancelier haïtien Pierre Richard Casimir a souligné la présence de Guy Alexandre, à deux reprises à la tête de la mission diplomatique haïtienne en République Dominicaine.  « Il croyait dans les vertus du dialogue et du débat contradictoire, a relevé le titulaire des Affaires Etrangères. « Mais, le disparu ne se contentait pas de parler, il a laissé de nombreux écrits dont le dernier en date est titré : Pour Haïti et la République Dominicaine. Un testament politique, peut-être.... ». Le chancelier a terminé ses propos en prenant l’engagement de poursuivre le combat de Guy.

 Guy Alexandre, l’ami des relations positives haïtiano-dominicaines.  L’actuel ambassadeur dominicain en Haïti, M. Ruben Silié, a confié s’être lié d’amitié avec le disparu depuis une trentaine d’années. « Le sujet des relations entre Haïti et la République Dominicaine, c’était un sujet de Guy Alexandre. Il se plaignait de l’absence d’un groupe de penseurs sur les relations haïtiano-dominicaines », a dit M. Sillié.

 Pour Rafael Emilio Yunen, directeur exécutif du Centre Culturel Eduardo Léon Jiménez de Santiago, qui a côtoyé le diplomate pendant 30 ans, « Guy Alexandre est l’exemple de la dignité haïtienne ». Il a ponctué son témoignage avec ces mots : «Merci Guy pour Haïti et pour la République Dominicaine».

 Parmi les membres de la délégation dominicaine venus rendre hommage au disparu, se comptaient le sociologue et homme politique Max Puig et sa femme Elizabeth. Cette dernière a lu en la circonstance un poème dédié au diplomate haïtien auquel le couple était lié par une longue amitié. «Guy avait gagné le respect de tous ses interlocuteurs dominicains. A la publication de la sentence de la Cour Constitutionnelle, dénationalisant de nombreux Dominicains-es d’ascendance haïtienne, il consacrait encore plus d’heures à la thématique des relations haïtiano-dominicaines. Il était devenu l’un des meilleurs avocats des relations entre les deux pays voisins et agissait avec rigueur et l’absence de préjugés qui l’ont caractérisé», a affirmé Max Puig.

 

Guy Alexandre, l’expert sur les questions migratoires

De l’avis de la militante de droits humains Colette Lespinasse, ex-coordonnatrice du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), Guy Alexandre était devenu un expert de la question migratoire. Et en raison de son inestimable apport sur ce dossier, le GARR, à l’occasion de son vingtième anniversaire, avait décidé de lui décerner une plaque d’honneur. C’était en décembre 2011.

 L’une de ses plus récentes initiatives fut la création du Collectif Haïtien sur les Migrations et le Développement(COHAMID). Pour lui, la thématique des relations entre les deux pays est hautement politique et les dirigeants haïtiens ne doivent pas la minimiser.  « Il était indigné par l’arrêt de la Cour Constitutionnelle dominicaine et le dénonçait de toutes ses forces. Il était également déçu par la nouvelle courbe imprimée par les autorités haïtiennes  sur ce dossier majeur. Guy était un conférencier actif et disponible. Certains jours, il avait 3-4 conférences à prononcer autour de la sentence discriminatoire. Guy Alexandre plaidait pour une politique migratoire ouverte mais respectueuse des droits humains. Nous nous engageons à continuer son combat », a assuré Colette Lespinasse.

L’anthropologue Rachèle Doucet du Comité Mémoire 1937  et qui avait participé à la dernière réunion que le défunt avait tenue la veille de son décès, a rappelé le dynamisme de Guy qui était membre du comité, ses apports à la réflexion sur le massacre et son rejet vis-à-vis de cette sentence adoptée par les autorités dominicaines. « Tu étais en guerre contre cet arrêt. L’ile entière perd un visionnaire, mais nous ferons en sorte que ta mémoire reste vivante et vivifiante, a-t-elle soutenu.

Pour le responsable de la Fondation Zile, Edwin Paraison, qui comptait 25 ans d’amitié avec le diplomate disparu, Guy Alexandre s’est battu jusqu’au bout pour de meilleures relations sur l’île. « Il est significatif que sa dernière grande activité était liée à la République Dominicaine. Il est tout aussi significatif que la nouvelle de sa disparition m’ait été communiquée par un ami dominicain », a dit Edwin.

 

Mais ce samedi, à la cérémonie d’hommage, le dernier mot de Guy Alexandre a été transmis en tout premier lieu par son épouse, témoin si proche de ses combats, Evelyne Margron:

 «Il faut que je leur dise un jour

Que la frontière ne commence guère à Ouanaminthe-Dajabon

Pour finir à Anse-à-Pitres/Pedernales.

La frontière est celle placée entre ceux qui croient que des êtres humains ont des droits 

Et ceux qui n’y croient pas. Ces derniers, je les combattrai».  Propos de Guy Alexandre rapportés par Lyne.

 

 Le 9 mars 2014, au lendemain de cette cérémonie d’hommage, des marcheurs dominicains avaient conclu un trajet de 400 kilomètres entre Santo Domingo et Port-au-Prince, avec en main, des manifestes de solidarité insulaire dont l’un destiné au disparu.

 Oui, Guy Alexandre appartient à toute l’île.

Il a laissé des empreintes tant en Haïti qu’en République Dominicaine.

Il a été un modèle.  Il a quitté des témoignages très forts.

Tant que son exemple sera suivi, il restera bien vivant sur nos deux rives haïtienne et dominicaine

 

Paix à son âme.

 

Lisane André

L'ex-responsable de la Section de Communication & Plaidoyer du 

GARR

 

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Dernière modification le jeudi, 13 mars 2014 20:33

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