30 May, 2020
jeudi, 18 décembre 2008 11:32

Diaspora haitienne en République Dominicaine: Un siècle de présence, de contribution et de lutte

Le 18 décembre est consacré par les Nations-Unies comme la Journée Internationale des migrants en reconnaissance à l’entrée en vigueur de la Convention Internationale pour la Protection des Droits de tous les migrants et de leur famille.Depuis trois ans, chaque année, le GARR organise un ensemble d’activités autour de cette date, soit pour réfléchir sur une thématique liée à la réalité des migrants, soit pour faire connaître leurs problèmes et leurs apports dans la vie sociale, économique et politique du pays. Le 18 décembre est pour le GARR l’occasion par excellence de réaffirmer les principes contenus dans la Convention des Nations Unies de 1990 sur les droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles et demander leur application. En 2007, l’exposition « Esclaves au Paradis », qui avait duré 15 jours, avait mis en exergue la réalité des coupeurs de canne haïtiens en République Dominicaine.Pour l’année 2008, le GARR vous propose un texte sur la diaspora haïtienne dans ce pays. Ce texte inspiré d’une présentation du diplomate Edwin Paraison, fournit un ensemble d’informations sur cette diaspora qui est la communauté de migrants haïtiens la plus ancienne et la seconde en importance après les Etats-Unis. {{DES ASPECTS GENERAUX SUR LA DIASPORA HAITIENNE EN REPUBLIQUE DOMINICAINE}}La présence haïtienne en République Dominicaine(RD) remonte à environ un siècle. Cette diaspora présente une caractéristique unique : celle de vivre juste à côté d’Haiti, dans un pays ayant une frontière avec son pays d’origine.Quand on compare sa taille (entre 800,000 et un million de personnes), c’est la communauté haïtienne de l’étranger où l’on enregistre un taux relativement faible de délinquance et de criminalité.La diaspora haïtienne en République Dominicaine n’a jamais bénéficié de programmes de régularisation. Moins de 5,000 personnes de cette diaspora, sur une population estimée à plus de 800,000, ont un statut légal. Un pourcentage élevé de ces immigrants ne dispose pas de documents haïtiens (acte de naissance, carte d’identification nationale). Les enfants nés en RD de pères haïtiens sont maintenus pendant des décennies dans l’irrégularité migratoire en n’obtenant pas la nationalité dominicaine. Les rapatriements massifs, unilatéraux et sans considérations aucune, depuis 1991, ont affecté plus de 400,000 personnes, malgré l’existence de la loi 285-04 en attente d’application depuis août 2004, laquelle prévoit la régularisation.Les apports de cette diaspora ne sont pas officiellement reconnus tant en Haïti qu’en République Dominicaine. {{PROFIL DE LA DIASPORA HAITIENNE EN REPUBLIQUE DOMINICAINE}}Les mots “braceros et batey” constituent des références exclusives aux immigrants haïtiens en RD en raison de l’histoire de la présence de cette migration. Cependant, une certaine diversification de cette diaspora a été notée depuis les 20 dernières années, avec la présence des groupes suivants: ouvriers agricoles, travailleurs de la construction, personnel de services transfrontaliers et permanents (femmes de ménage/gardiens de maison), vendeurs ambulants (économie informelle), étudiants universitaires, commerçants, professionnels et techniciens(Médecins, professeurs, avocats, employés en tourisme), religieux (Pasteurs, prêtres, religieuses), artistes y Musiciens, entrepreneurs, etc.{{ORGANISATION}}Le niveau organisationnel de la diaspora haïtienne en RD demeure encore faible, ce qui ne facilite pas un meilleur positionnement de cette communauté en tant que collectif dans la société dominicaine.En terme de présence au sein de cette communauté, deux catégories d’organisations sont à signaler: les églises et les ONG. A noter que ces deux types d’organisations n’assurent pas véritablement une couverture significative de toutes les zones où évoluent les haïtiens en RD. a) Les églisesElles développent des tâches pastorales et missionnaires dans la communauté haïtienne à travers des activités religieuses et éducatives. Elles y ont érigé des temples, des écoles et mis en place un ensemble d’activités à caractère humanitaire et de droits humains. La majorité d’entre elles tiennent leurs cultes en Créole. Leur vision et centre d’intérêt sont souvent différents de ceux de la hiérarchie des églises dominicaines et des responsables des missions haïtiennes et dominicaines. b) Les ONGCe sont souvent des groupes traditionnels dirigés par des haïtiens ou des dominicains d’origine haïtienne. Ces dernières années, on a noté dans la communauté haïtienne en RD la formation de nouveaux regroupements composés d’étudiants et de professionnels.Il existe également quelques ONG issues des églises. Elles travaillent généralement dans la communauté, mais sont dirigées par des dominicains. Elles ont appuyé la création de petites organisations de réfugiés et de migrants.Globalement, les ONGs mettent l’accent sur les thèmes de la migration, des relations de genre, les droits humains en connexion avec des groupes internationaux, tout en essayant d’influer le débat public. Elles ont également des programmes éducatifs, de développement communautaire, de documentation, d’assistance légale et de santé. Elles s’organisent en réseaux d’ONG dominicaines dans lesquelles le leadership haïtien est relégué au second plan.c) D’autres efforts d’organisationsA côté des églises et des ONG qu’on retrouve en tant qu’organisations au sein de la diaspora haïtienne en RD, il faut signaler également la présence d’autres types d’organisations, telles des syndicats de coupeurs de canne, un Mouvement National pour les Droits Humains des Dominicains d’Ascendance haitienne(Monadha), Le comité de Coordination des institutions haitiennes (CCIH) etc. Ces nouvelles organisations ne sont pas parvenues à servir de référence sociale et politique pour la communauté haïtienne.{{EXPRESSIONS CULTURELLES ET RELIGIEUSES}}Plusieurs éléments témoignant des expressions culturelles et religieuses de la diaspora haïtienne en RD sont à signaler : - Présence significative de pèlerins haïtiens à la fête patronale de la Vierge d’Altagrâce à Higuey.- Participation de dominicains dans les groupes de “raras” haïtiens durant le carême- Exposition publique permanente de la peinture haïtienne dite “naïve”, ce qui donne de la couleur à la capitale dominicaine et à d’autres pôles touristiques.- Incorporation avec succès de groupes de compas haïtiens dans le carnaval dominicain- Programmes de radios et de Télévision en Créole- Evénements artistiques et festival impliquant des artistes de l’île {{FAIBLESSE ET DIFFICULTÉS}}Voici quelques faiblesses et difficultés auxquelles est confrontée la diaspora haïtienne en République Dominicaine :- L’instabilité du travailleur temporaire et la proximité d’Haïti avec la RD n’aide pas dans le processus organisationnel- La reproduction en RD de préjugés de la société haïtienne ne permet pas une interaction effective entre haïtiens de niveaux social et économique différents- La situation irrégulière de la majorité des immigrants haïtiens en RD crée des peurs face à l’intolérance et la manipulation politique du terme migratoire- La sensibilité du thème migratoire dans la société dominicaine n’a donné lieu qu’à de rares offensives à caractère politique et mercantile ayant pour cible les haïtiens. Exemple : les timides tentatives de Voila/Viva, Claro/Codetel, Orange y Tricom pour approcher ce segment de marché- La communauté haïtienne en RD ne dispose pas pour le moment de lieux propres pour des rencontres sociales, tels que des restaurants. Deux tentatives ont échoué- L’origine traditionnelle et le profil des membres de la communauté (paysanne, pauvre, non organisée), a occasionné sa marginalisation de la part de la société haïtienne et de l’Etat haïtien, des autres diasporas et de la communauté internationale et de la société dominicaine- Il existe un manque d’intérêt et même de l’indifférence des politiques vis-à-vis de cette diaspora, en raison de la proximité avec Haïti.- Des raisons politiques, sociales et économiques propres à la réalité haitiano-dominicaine, crée une réticence entre les haïtiens et/ou dominicains d’origine haïtienne pour assumer une identité unitaire.- La communauté ne compte pas de figures politiques dominicaines influentes qui défendent sa cause - Bien qu’ils disposent de ressources humaines adéquates, les haïtiens n’occupent pas de postes de direction ou de définition de politiques vers cette population cible dans les ONG internationales et dominicaines qui travaillent la thématique- Il existe une certaine manipulation médiatique officielle des problèmes liés à la mobilité humaine à la frontière en relation avec la situation des haïtiens établis en RD. Régulièrement, des données sont publiées sur les immigrants par les autorités, lesquelles renforcent les niveaux de rejet de la communauté haïtienne dans certains segments de la population dominicaine. {{CONTRIBUTIONS DE LA DIASPORA HAITIENNE A LA REPUBLIQUE DOMINICAINE}}Loin d’être une charge pour la République Dominicaine, comme certains politiciens aiment à le répéter, la diaspora haïtienne apporte une grande contribution à la République Dominicaine. Les faits suivants en témoignent :- Paiement de taxes sur les biens et services (ITBIS)- Bénéfices pour les entreprises de services (Centres d’appel, entreprises de logement, de transport, de transfert, lignes aériennes)- Captation de devises par les universités et les banques-Investissements de capitaux et création d’emplois pour les dominicains- Apport au développement du football et participation au baseball- Collaboration dans la formation académique et spirituelle des dominicains- Maintien de la production du sucre par la fourniture de main d’oeuvre- Participation indispensable des haïtiens dans l’agro industrie pour la consommation locale et l’exportation-Développement de l’industrie de la construction privée-Participation comme main d’oeuvre dans la construction de grands ouvrages et infrastructures urbaines- Croissance de l’hotellerie (environ 70,000 chambres)- Diversité dans l’offre touristique - Contribution au développement du commerce frontalier, spécialement à Dajabon avec des transactions par jour de marché qui avoisinent un million de dollars américains (US $1,000,000) {{TRANSFERTS}}Il existe un mouvement triangulaire de transferts d’argent entre Haïti, les Etats-Unis et la République Dominicaine qui se réalise à travers des envois faits par les familles des étudiants à partir d’Haïti et/ou des Etats-Unis ainsi que par les transferts de commerçants à partir d’Haïti pour éviter des problèmes de sécurité au moment de traverser la frontière avec de fortes sommes d’argent.Caribe Express parait avoir le meilleur pourcentage de marché dans le circuit formel de transfert avec quelques trois mille(3,000) ordres de transfert à partir d’Haïti, 3,000 à partir de Miami vers la RD et quelques 2,700 de la RD vers Haïti pour un montant mensuel net avoisinant les 1,650,000 de dollars américains (Données de décembre 2006)N.B. Les problèmes de documentation de la diaspora haïtienne en RD constituent un facteur limitant à ces transactions. La Compagnie Vimenca/Western Union exige la présentation de documents d’identité pour ses opérations de transferts d’argent à partir de la RD ou pour les recevoir, laquelle exigence réduit le nombre de clients. La compagnie CAM et Caribe Express ont infléchi les exigences de passeport et acceptent la présentation de la carte d’identification nationale haïtienne pour l’envoi ou la réception de transferts.En plus des transferts via les maisons spécialisées, il faut signaler également les envois fréquents de main en main (sans passer par les agences de transfert), qui se font à travers des voyageurs ou des autobus effectuant le transport entre les deux pays.{{CONTRIBUTION DE LA DIASPORA HAITIENNE EN RD A HAITI}}Contrairement à ce que l’on pense, la diaspora haïtienne en RD apporte aussi sa contribution à Haïti et ceci sous différentes formes :- Participation directe comme ouvriers en RD à la distribution/commercialisation de produits alimentaires vitaux pour Haïti- Face à l’incapacité logistique d’accueil dans le système éducatif de l’état haïtien, des familles haïtiennes assument le coût de l’éducation supérieure de leurs enfants en RD et certains sont logés chez des parents en RD- Apports en revenus pour les entreprises de services (maisons de transferts par exemple, agences de voyage etc.)-Paiement des services consulaires et apport au tourisme intérieur en Haïti{{DROITS HUMAINS}}La Diaspora haïtienne en RD est l’unique communauté d’haïtiens de l’extérieur ayant souffert d’un massacre. Ceci s’est passé en 1937 durant la dictature de Trujillo. La situation des droits humains de cette communauté (haïtiens et leurs descendants) a fait l’objet de nombreuses investigations, visites d’experts, documentaires, campagnes de plaidoyer tant au niveau national qu’international. Citons quelques-uns des rapports préparés autour de cette question : - A la fin des années 1970, la société anti-esclavagiste(ASI) de Londres avait considéré que les conditions de recrutement, de transport, de travail et de vie des coupeurs de canne haïtiens étaient similaires aux formes contemporaines d’esclavage ;- En 1983, L’Organisation Internationale du Travail(OIT) avait envoyé une commission d’investigation qui a produit un rapport et des recommandations pour améliorer la situation. - En 1999, après une visite « in loco », la Commission Interaméricaine des Droits Humains de la OEA, a également publié un rapport sur la situation des immigrants haïtiens en RD.- En juillet 2005, le chapitre de la Mairie de New York (New York City Council) avait adopté la Résolution 1084 pour condamner le “racisme” et la “violence”contre les immigrants haïtiens en RD.- En septembre 2005, la Cour Interaméricaine des Droits Humains(CIDH) avait condamné l’Etat dominicain pour n’avoir pas émis d’actes de naissance en faveur de deux enfants d’origine haïtienne nés sur son territoire.- Plusieurs événements au niveau international durant l’année 2007(documentaires et exposition de photos « Esclaves au Paradis », Création d’un Comité Mémoire 1937, Visite du Rapporteur spécial de l’ONU) ont contribué à dénoncer le cas migratoire haitiano-dominicain.- La situation des immigrants haïtiens en RD est un sujet annuellement repris dans le rapport sur les droits humains du Département d’Etat des Etats-Unis d’Amérique.Les recommandations les plus importantes par rapport à ce dossier n’ont jamais été appliquées par la RD. Les dénonciations sur les violations des droits humains contre les membres de la diaspora haïtienne en RD sont considérées par quelques fonctionnaires comme “une campagne de discrédit contre la RD”.De son côté, les dirigeants haïtiens ont toujours manifesté une certaine indifférence par rapport à cette communauté en affichant un silence complice aux difficultés vécues par cette diaspora.{{CONCLUSIONS ET RECOMENDATIONS}}Malgré les difficultés, on peut affirmer qu’il y a une certaine évolution positive par rapport à l’existence de la communauté haïtienne en RD. Aujourd’hui, elle peut compter sur une plus grande solidarité dans tant en Haïti, en République Dominicaine qu’ailleurs. Ses contributions, ses efforts et ses problèmes sont mieux connus, même si les solutions de la part des pouvoirs publics tardent encore à se concrétiser.D’un autre côté, les sociétés et les dirigeants des deux pays essaient de dépasser les difficultés liées au passé historique de leurs relations.Comme dans d’autres pays où y a des secteurs anti-immigrants, dans le cas de la RD, il existe aussi des secteurs anti-haïtiens. Ces derniers comptent sur une ambiguïté préoccupante des officiels par rapport à la gestion de la migration et de la présence haïtienne en RD. Cette dite situation affecte le renforcement organisationnel de la diaspora, aussi bien que l’image internationale de la RD.Nous proposons la promotion d’un dialogue au sein même de la communauté haïtienne en RD afin qu’elle puisse identifier ses problèmes et chercher des mécanismes appropriés pour mieux s’organiser et se positionner tant par rapport à la RD que par rapport à Haïti. Dans cette perspective, nous appuyons la proposition de la Fondation Zile d’organiser la première conférence de la diaspora haïtienne en RD, à laquelle serait invitée des représentants d’autres diasporas.Il serait utile également de réunir tous les acteurs des deux pays et de la communauté internationale qui ont travaillé le thème de la migration haïtienne en RD au cours des 25 dernières années afin d’évaluer les avancées et les blocages et de définir de nouvelles stratégies d’accompagnement et de solidarité.{Texte préparé par le GARR qui s’est inspiré d’un document en Espagnol réalisé par Edwin Paraison18 décembre 2008, journée internationale des migrants}
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Dernière modification le samedi, 01 janvier 2000 00:00

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